mai 30, 2019

Les blocages du créatif : l’habitude

Les blocages créatifs dus au manque d’habitude

Dire qu’il se passe plein de choses dans la tête des créatifs serait d’une banalité affligeante. Et pourtant, si ce foisonnement est à l’origine de nos plus belles découvertes et de nos plus belles explorations, il constitue aussi l’origine de nos blocage. Au fond de cette petite tête bien remplie se cachent une jungle de pensées qui peuvent conduire droit au blocage.

1 – Ce n’est pas le bon moment, j’ai l’habitude de créer à tel moment et je suis bloqué

Parmi les créateurs, voici un blocage que je rencontre souvent chez eux. Ce n’est pas le bon moment, le bon endroit, les bonnes circonstances. Ce n’est as dans ce cadre que je souhaite créer. En fait… je n’ai pas l’habitude de me mettre à l’ouvrage dans ces circonstances.

Le mot est lancé : habitudes.

Je présume que tout comme moi, vous tombez dessus à chaque fois que vous naviguez sur le net. Et c’est vrai, le cerveau fait des associations d’idées en suivant ses émotions, il mémorise et sortir du schéma enregistré par votre cerveau va poser problème.

Prenons un petit enfant. Pour sa survie, il est impératif qu’il recherche les situations agréables, et évite ou combatte les situations désagréables. Ainsi, si vous avez eu le malheur d’associer, par hasard, un câlin au goûter,  il est fort probable qu’il vienne vous réclamer de reproduire exactement les mêmes circonstances où son loto personnel de bouffe et câlin avaient tous les chiffres au tirage. A l’inverse, si son dernier trajet en voiture fut un scénario apocalyptique où il a vomi, s’est fait disputer, et est resté malade pendant tout le trajet, il est probable qu’il traine les pieds avant d’entrer dans l’habitacle.

Et bien, pour nous, c’est pareil… Mais la différence entre un jeune enfant et nous, c’est que nous sommes dotés, en théorie, d’un cortex préfrontal mature qui nous permet de prendre des décisions sur d’autres critères que la mémoire émotionnelle. Faire appel à ce cortex devient un réflèxe bien intégré et nous avons perdu l’habitude d’en référer à notre mémoire émotionnelle et pourtant, elle est bien là cette mémoire.

Et elle agit sans que nous en ayons conscience.

2 – Habitudes, émotions et associations d’idées

Comment vous y prendriez-vous pour que l’enfant monte à nouveau dans l’habitacle de la voiture ? Vous essaieriez probablement de l’amadouer, de le calmer, de lui faire un câlin, de lui promettre un jouet, un cadeau, une surprise, ou de passer un moment agréable à la sortie de la voiture… En dernier recours, vous lui mettriez un bon coup de pompe à l’arrière train.

Si cette dernière solution est efficace sur le court terme, le sera-t-elle au long terme ? Et surtout, a-t-il compris qu’entrer dans la voiture pour se déplacer du point A au B était aussi dans son intérêt à lui ? Je pense qu’après le coup de pied, il sera encore plus convaincu que la voiture est une source de stress.

C’est exactement pareil avec les habitudes.

Vous pouvez très bien vous « forcer » et vous « faire violence », à l’image de cet enfant au derrière outragé.  Pourtant, tout comme pour lui, cela ne durera probablement pas : les souvenirs attachés à lasituation sont encore négatifs. Pire, vous vous êtes contraints et au fond de vous, rien ne se met en place dans votre inconscient pour qu’il comprenne l’intérêt de cette nouvelle mise en place, qui vient bouleversé son schéma habituel.

Parce que oui, le cerveau est un gros pantouflard. OK pour l’exploration de temps en temps mais les habitudes, pas touche !

Alors il faut créer l’atmosphère propice à l’acceptation de votre cerveau de ces nouvelles habitudes que vous cherchez à ancrer. Ainsi il va falloir être rusé : le cerveau c’est un petit malin, comme un gosse !

Puisqu’il faut convaincre votre cerveau que l’habitude implantée nouvellement est bonne, il faudra y associer des émotions positives. Plus elles seront agréables, et plus vous voudrez y revenir de vous-même sans y penser.

3 – Le cocon de l’instant clé pour une habitude créative

Pour créer de nouvelles habitudes, vous le savez peut-être, mais il est plus efficace de l’ancrer à une habitude déjà existante que de tenter de l’implanter de façon arbitraire dans la journée. Ca réussit à quelques uns d’entre nous certes mais ce n’est pas la majorité des personnes.

Donc, on va partir d’une habitude existante. Par exemple, dans mon cas si je veux infléchir mes comportements et créer une nouvelle habitude créative, je vais tenter de l’implanter juste après le repas du soir (courte et agréable), après le coucher du petit en soirée (plus longue et « rien qu’à moi ») ou encore après le café du matin (rapide et productif).

Créer les bonnes circonstances

Maintenant que vous avez choisi votre instant clé, nous allons nous attaquer aux circonstances. Si par exemple vous aviez l’habitude d’écrire la nuit avec de la musique mais qu’il faut changer l’horaire parce que vous vous levez tôt le lendemain matin, recréez les circonstances dans lesquelles vous travaillez habituellement. Admettons le soir après le repas, mais en été : fermez les volets, tamisez les lumières, demandez à votre entourage de vous laissez tranquille et plongez-vous dans votre musique. Comme si c’était la nuit, mais le soir.

Si comme moi vous aviez l’habitude de dessiner devant une série en fin d’après-midi, vous pouvez très bien recréer les circonstances à une autre horaire. Alors j’ai commencé par mettre une série à l’heure qui m’intéressait après le café, à m’apporter un goûter, un café, tamiser la lumière… Bref j’ai exporté les circonstances précédantes à une autre heure plus favorable à mon rythme de vie.

Mais dans l’éventualité où cette exportation des circonstances vous est impossible, il faudra alors mettre le paquet pour créer une association positive dans votre mémoire émotionnelle. Qu’est-ce qui vous fait plaisir ? A quel moment, dans quelles circonstances vous sentez-vous bien, créatifs, en sécurité, joyeux ? Exalté ? Allez, on est créatif et on crée soi-même les bonnes circonstances.

4 – De la théorie à l’action :

Parce que oui je vous transmets la théorie et dit comme ça, ça semble vraiment simple. Genre en trois jours c’est plié… Et bien non. Le cerveau est un résistant, un rebelle, il aime la régularité. Et il vous le fera savoir… Puisque vous allez essayer d’injecter quelque chose de nouveau à un moment auquel il n’est pas habitué, cela va demander à votre esprit de faire un effort. Et cet effort est énergivore.

Or vous connaissez le cerveau hein, cette feignasse ! Toujours largement en-deça de ses capacités, il vise le moindre effort, économise son énergie. Ainsi, à chaque fois que vous chercherez à contrarier les habitudes pour vous mettre à ‘ouvrage, il va vous enquiquiner avec des pensées parasites. Par exemple : « Oh, tu le feras demain, tu es trop fatigué » « c’est l’heure de telle série à la télé tu devrais regarder »… Ou encore « on a faim et envie de pipi », bien entendu « dis-moi, je crois qu’il fallait repeindre le plafond de ta chambre et c’est le moment PAR-FAIT pour ça. »

Selon la plasticité de votre organe (je parle bien entendu du cerveau, filous)  et d’autres facteurs qui me sont inconnus (comme vos motivations par exemple) il vous faudra plus ou moins longtemps pour implanter cette habitude de sorte à ce qu’elle vous soit naturelle. Entre trois semaines et six mois. Et oui. C’est long. Le cerveau est un flemmard.

En cas de loupé :

Alors si vous avez des ratés, ne vous découragez pas. Ce sont des accidents de parcours dûs à un cerveau flemmard qui n’aime pas le changement, qui n’aime pas être bousculés. C’est normal. On respire. Et on accepte. On essaie de se comprendre, on se fait un gros câlin d’encouragement et on repart sur de bonnes bases ! 

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Serely

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